Précision : ce récit n’a que peu d’intérêt par rapport aux grands équilibres socio-économiques de la planète, on est d’accord. Je n’ai pas comme ambition d’attirer l’attention du monde sur mon statut de consommateur contrarié. Juste celle de livrer une petite chronique du dérisoire. Ce billet a été publiée préalablement sur mon blog pro [Cup Of Tea].
Rappel du contexte : panne de signal Noos (TV + Internet) chez moi depuis mardi 25 octobre 18h. Hier, le centre d’appel m’a lu un script de détection de panne pour vérifier si je n’étais pas un parasite de SAV (prise branchée, etc..). Puis m’a invité à prendre RV avec un technicien. Ils n’inventent rien, c’est sur leur écran, ils ne font que lire.
L’actualité du sujet : j’ai rappelé ce matin le centre d’appel. Lors de l’aiguillage du standard automatique, j’ai choisi « TV ». J’ai re-expliqué mon problème. On m’a fait re-tripoter l’appareil, aller dans des menus bizarres (configuration réseau, etc.) pour enfin me dire :
- Noos : Monsieur, vous n’avez pas de signal. Il faut donc faire venir un technicien, je vous passe le service Internet pour prendre RV avec eux aussi.
Tututu tutut (musique d’attente)
- Noos : Bonjour, bienvenue chez Noos, etc. Vérification d’identité. Que puis-je faire pour vous ?
- Moi :
Ben voila, j’ai une panne de signal, et je suis d’une patience de
bonze, parce-que honnêtement j’en peux plus de vous l’expliquer, même
si je sais que vous faites un métier pas facile etc.
Le meilleur arrive. Je n’invente rien. Il y a des gens humains qui croient vraiment que je vais gober ceci :
- Noos (d’une traite) : C’est-normal-que-vous-n’ayez-pas-de-signal,-monsieur. Il-y-a-une-intervention-technique-dans-votre-secteur. Ceci-afin-de-changer-des-relais-de-transmission-réseau-afin-d’améliorer-la-performance-du-service. Au-final-c’est-pour-que-vous-puissiez-bénéficier-d’un-meilleur-service. En-général-cette-intervention-a-lieu-de-9h-à-18h. Il-vous-faut donc-patienter-jusque-là.
Je n’essaie même pas d’expliquer que quand le plombier intervient dans mon immeuble, lui, il placarde une affichette dans le hall avant.
- Moi : Certes.
Mais dans ce cas, ils doivent faire des heures supplémentaires, chez
vous, car ils ont attaqué les travaux hier soir à 18h.
- Noos : … (rien à lire sur l’écran)
- Moi : passez moi donc le service commercial afin que je me fasse tout finement rembourser la journée d’aujourd’hui.
- Noos : Monsieur, vous devez attendre demain soir, car on ne rembourse qu’au delà de 24h de coupure consécutive.
- Moi : comptez sur moi !
La morale de l’histoire, c’est que je remercie le voisin inconnu dont le routeur Wifi non protégé s’appelle « Thomson », et qui complète efficacement le mien en cas de besoin.
L’autre morale, c’est que notre humanité aura encore fait un grand pas le jour où les employés au fort accent casablancais des centres d’appel de Noos auront fini de se faire tous appeler « Florian » ou « Sonia » sur les ordres bornés de leurs superviseurs anticipant le pseudo-racisme de leur clientèle. Ce genre de détail minable redouble mon courroux.
N’est-il pas temps, dans les états-majors de ce genre de boîte, de se rendre compte qu’à force de vendre et démultiplier l’information les consommateurs ont fini par en intégrer une partie ? Qu’ils utilisent le réseau Internet qu’ils achètent pour communiquer entre eux ? Qu’ils regardent les reportages leurs expliquant la délocalisation des hotline ? Qu’ils sont moins cons et illettrés que leurs instincts ?
Nous avons la société la plus consommatrice de tous les temps. On gloutonne, on gaspille, on dépense, on dégueule de technologies, d’emballages, de déchets. On a endormi la plupart des consciences sous des flots de produits, d’offres et de marketing. Tout fonctionne à l’échelle de la masse.
Il est hallucinant de constater le décalage entre le niveau de sophistication technique extrême de nos circuits de distribution des biens et services, et l’indigence absolue des concepts mis en œuvre d’un coté comme de l’autre.
On est toujours à l’âge de pierre. Après avoir raté la révolution des idées, on va rater aussi celle de la consommation. On va s’étouffer dans notre propre satiété.
Vivement la décroissance.
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